"Datafication" de la société et recrutement

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"Datafication" de la société et recrutement

Postée le 12/09/2018

Par Thierry HAMILIUS.

Une rentrée saveur umami...

« Etrangement, c’est le pas décidé et l’humeur légère que Steve franchissait ce matin le seuil de ces bureaux de verre pour intégrer son tout nouvel emploi. Aucune appréhension, pas de palpitation, comme une impression douçâtre presque gourmande de déjà-vu.
Il faut dire que depuis qu’il avait reçu, nichées dans un joli coffret au logo de la firme, ses Glass connectées tout c’était si vite enchainé.

Installé dans son salon, un verre à la main, il avait rencontré, au gré de ses voyages virtuels, Julian son recruteur qui lui avait retracé de retargeting en retargeting, les lourds travaux algorithmiques qui épluchant ses scories numériques laissées sur Facebook, Google et autres « Insta » avaient bouclé l’identification de sa candidature par sa consultation compulsive des pages de Surf Report et autres Surfline (le poste était basé à Biarritz…) ou (moment décisif dans son choix) Iban son futur chef lui avait vanté les mérites du Marketing en province bien calé autour de sa piperade dominicale.

Le siège parisien dont il poussait la porte n’avait plus aucun secret pour lui, il l’avait visité de fond en comble s’attardant à l’envie dans le bureau de la présidence ou visionnant en temps réel la fréquentation soutenue de la salle de bien-être connectée.

La journée passa très vite, il se rendit rapidement en salle d’identification pour l’installation de cette micro puce RFID qui lui ouvrait les flux informationnels de l’entreprise : de l’ouverture des bureaux, des ordinateurs, des bases de données, de la cantine et de la machine à café, etc.
Il assista à une première conférence salle Levandowski pour souhaiter la bienvenue aux nouveaux, l’ambiance y était un peu froide, éclairée par ses écrans connectés, ils étaient deux présents au milieu d’une dizaine d’avatars, mais le café et les sucreries étaient à volonté.
Il prit possession d’un bureau partagé et connecté par ses Glass retrouva Monsieur Piperade à la pause du déjeuner.

Tout s’enchaînait parfaitement sans heurt, tout était prévu, planifié, il croisa (Oh surprise !) en chair et en os, quelques minutes la DPO qui lui adressa pour la formalité son nouveau contrat, le rassurant sur la parfaite protection de ses données partagées et lui chargeant en guise de bienvenue 10 Frappucino Caramel (son préféré) sur sa nouvelle puce sous-cutanée.
L’après-midi se terminait par l’inscription au club de surf de la société et aux prochains championnats qu’on lui avait réservé.

Les yeux un peu fatigués de cette belle journée, il était attendu par son taxi, sa place (comme d’habitude près de la fenêtre) réservée dans le TGV, et un sandwich chorizo fromage-bière trappiste prêts à emporter.
Durant le voyage, on lui projettera tranquillement ses premiers dossiers et le planning de sa prochaine journée.

Ils avaient tout prévu et tout était si bien organisé…. »

 
A l’ère de la « datafication » de notre société, le recrutement n’échappe pas à l’exaltation de la toute-puissance du prévisible, de la vision lisse et fluide du prédictif rationnalisé. Les algorithmes concourent à une cartographie presque parfaite de nos comportements les plus intimes et par leur juste corrélation vantent la réduction des écarts et le matching harmonieux.
En prenant le risque un instant de se décaler de la doxa du moment (qui fait passer chaque Techno- Fébrile pour un réactionnaire de la première heure), la pratique quotidienne de cette noble activité qui fait se rencontrer pour un projet partagé une entreprise imparfaite et ses besoins avec un candidat tout aussi imparfait et ses aspirations, obéit plus à l’engagement, la confrontation, l’effort partagé qu’à la douceur molle de l’intégration raisonnée des techniques computationnelles.
C’est bien dans l’écart que se joue la réussite, l’enrichissement commun porté souvent par la surprise d’une heureuse révélation.

 
Depuis plus de cinquante ans, chez Moreno Consulting, nous avons fait de la mesure de l’écart, de l’étude des distorsions, l’acte fondateur de l’évaluation consciente qui permet à chacun des partenaires (Candidats et Entreprise) de s’engager durablement dans une relation authentique et claire.
Chacun acceptant de sortir du convenu et du prévisible pour s’exposer dans un projet de changement.
Bien sûr aussi, nous utilisons des outils informatisés, des moyens de mesure qui permettent de se projeter et d’appréhender les risques mais leur utilisation est partagée dans une transparence et une éthique garantie car portée par des professionnels expérimentés.
Le suivi d’intégration dans lequel physiquement nous nous engageons, pendant une durée de 6 mois à 1 an à raison de 3 à 4 visites d’une demi-journée, va nous permettre dans l’entreprise, avec le candidat, sa hiérarchie, son DRH, de partager et souvent de faire évoluer ce long processus d’intégration et de prise en main de la fonction.
Au moment où nos profils pénuriques sont approchés à grands renforts d’allants courtisans répondant aux aspirations les plus enfouies, gageons, qu’en pleine conscience nous gardions dans l’entreprise comme chez nos futurs candidats ce goût de l’effort partagé seule garantie d’une réussite et d’un enrichissement communs.

Sortir du prévisible et de l’ajusté, ça rehausse les saveurs de l’existence, ça procure ce petit goût de reviens-y…